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Alioune Tine (Président de la Raddho) : «C’est regrettable que des étrangers viennent arbitrer une consultation électorale au Sénégal»

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Alioune Tine (Président de la Raddho) : «C’est regrettable que des étrangers viennent arbitrer une consultation électorale au Sénégal»
La proposition de la Cap21 de choisir le Ndi comme modérateur des travaux de la revue du code électoral, celle de l’Union européenne pour l’audit du fichier sont des choix qui n’enchantent pas le patron de la Raddho. Pour Alioune Tine, il est regrettable, cinquante après l’indépendance de faire appel à l’étranger pour arbitrer une consultation électorale qui engage très fortement la souveraineté nationale de notre pays. Entretien.

Wal Fadjri : Le dialogue politique a, à nouveau, été relancé, avec l’implication des religieux notamment le khalife général des Tidianes. Pour autant, y a-t-il lieu d’espérer ?

Alioune TINE : Je suis, avec beaucoup d’intérêt, l’évolution du dialogue politique et pense que l’espoir est permis. Nous avons vu, à l’émission Diine ak Jamano le directeur de cabinet du président de la République, Habib Sy face à l’ancien directeur de cabinet d’Abdou Diouf, Ousmane Tanor Dieng, dans un dialogue très cordial avec des échanges qui ont été très positifs. Et cela a été un grand déclic dans le dialogue politique. Les réponses que Habib Sy a données, relatives à la disponibilité de la présidence de la République, ont été pratiquement sans ambiguïté. J’ai également écouté Ousmane Tanor Dieng avant-hier (l’interview a été réalisée lundi, Ndlr) à Sud Fm, il a été très positif dans ses réponses. En plus, Abdoul Aziz Sy Junior est une autorité morale requise pour pouvoir parler à tous et écouter également chacun des leaders politiques. C’est quelqu’un qui a une culture politique immense et une grande expérience de la médiation politique. Dans la plupart des initiatives de médiation d’Abdoul Aziz Sy Dabakh, à l’époque Khalife général des Tidianes, Abdoul Aziz Sy Junior était impliqué très largement. Il connaît bien l’histoire politique de ce pays ainsi que les leaders politiques. C’est pourquoi avec sa médiation, l’espoir est permis.

Wal Fadjri : La suspicion que l’absence de dialogue a créée, les invectives notées çà et là - la dernière en date est la lettre de Pape Diop - ne constitueront-elles pas un blocage ?

Alioune TINE : Cette lettre (de Pape Diop adressée aux leaders de Bennoo), c’est un peu la réponse du berger à la bergère. Parce que quand on vient voir Pape Diop qui est un des fidèles du président de la République pour lui dire de constater que ce dernier ne peut plus assumer ses responsabilités, c’est normal qu’il le prenne pour de la provocation et renvoye l’ascenseur aux leaders de Bennoo Siggil Senegaal. C’est tout ! Cela ne va pas au-delà. D’ailleurs, cette lettre est derrière nous. Aujourd’hui, quand on regarde bien l’évolution de la situation, le discours que les uns et les autres tiennent - j’ai écouté également Moustapha Niasse après la déclaration du Khalife général - il est permis d’espérer. On en appelle à la lucidité pour aller au-delà. De mon point de vue, c’est un désir profond du côté de la présidence de la République d’avoir ce dialogue depuis très longtemps. Peut-être même pour des raisons qui vont au-delà de la politique politicienne. Car après tout, Wade a en mémoire la manière dont Senghor et Abdou Diouf ont quitté dans la dignité leur charge et cela dans un contexte apaisé. Sincèrement, je pense que Wade cherche aussi à créer un climat de cette nature. De la même manière, je pense que l’opposition commence à se dire, peut-être que cette fois-ci, avec la médiation du marabout, les conditions requises sont là pour aller au dialogue politique.

‘Les seules Sociétés civiles africaines qui sont financées par les entreprises sont les Sociétés civiles ou organisations dirigées par les Premières dames’

Wal Fadjri : Vous avez, avant l’appel du Khalife des Tidianes, rencontré la Société civile, les différentes partis pour renouer le fil du dialogue. Que comptez-vous faire, maintenant qu’il y a un nouveau médiateur ?

Alioune TINE : Nous soutenons sans réserve le Khalife et sommes en train de discuter avec nos amis, organisation de droit de l’homme y compris, pour voir comment nous pouvons apporter un soutien décisif à l’initiative du Khalife pour que le dialogue politique soit réel ; comment nous pouvons mobiliser toute la Société civile sénégalaise pour faire en sorte que ce dialogue soit réel, inclusif, sincère et qu’il produise un véritable impact qui permet des changements qualitatifs sur tous les plans : institutionnel, sincérité du processus électoral. Quand vous jetez un regard sur l’histoire politique du Sénégal, le grand problème, c’est de reconnaître les résultats des élections. A part l’an 2000 qui était un contexte tout à fait spécial, dans toute l’histoire récente de la vie politique au Sénégal, les acteurs politiques ne reconnaissent jamais la sincérité des élections. Il est donc extrêmement important qu’il y ait un consensus très fort sur le fichier électoral concernant les règles du jeu.

Wal Fadjri : Mais, le Chef de l’Etat a promis un audit du fichier par l’Union européenne

Alioune TINE : C’est un peu regrettable, cinquante après l’indépendance, que de l’étranger, les gens viennent arbitrer une consultation électorale qui, de mon point de vue, est une affaire qui engage très fortement la souveraineté nationale de notre pays. Il faut qu’on apprenne à avoir confiance aux Sénégalais. Maintenant, sur la question du choix du Modérateur, les réponses du président de la République sont très claires : en demandant d’abord à l’opposition de choisir. Mais, également, l’opposition, reconnaissant l’autorité du Chef de l’Etat et les compétences que lui confère la Constitution, lui rend la balle. Il faut simplement que le Modérateur soit une personnalité consensuelle. Si les propositions du président de la République sont agréées, on peut nommer le Modérateur et s’engager dans le travail. Dans ces deux cas, on note une avancée puisqu’il y a consensus sur le fichier électoral avec l’arbitrage de l’Ue et sur le choix d’un Modérateur. C’est un bon point de départ.

Wal Fadjri : Sauf que concernant le Modérateur, l’opposition n’est pas d’accord avec la proposition de la Cap 21 qui porte son choix sur le Ndi…

Alioune TINE : Je sais que le Pr. Iba Der Thiam, en faisant cette proposition comme pour le cas du fichier, voulait lever toutes les suspicions. Mais, de mon point de vue, nous n’avons pas besoin de minimiser les organisations de la Société civile sénégalaise qui sont capables d’indépendance. Et qui, en 2000, avaient très fortement œuvré et fait un arbitrage concernant aussi bien le fichier électoral que tout le processus électoral en cours. Nous avons besoin, 50 ans après, de construire notre souveraineté en renforçant la Société civile africaine de façon globale. Parce que, d’abord, les organisations de la Société civile connaissent mieux le terrain. Les organisations internationales, même quand elles viennent sur place, sont obligées de travailler avec les organisations de la Société civile locale, compte tenu de leur expérience et de leur maîtrise du terrain. (…)

‘Le fait que de plus en plus on sévit par rapport à des scandales, à la corruption est une excellente chose. Mais il ne faut pas que cela soit de la mise en scène ou du saupoudrage’

Wal Fadjri : Malgré tout, l’on constate une certaine méfiance du pouvoir vis-à-vis de la Société civile

Alioune TINE : Effectivement, il y a une espèce de suspicion alors que la Société civile est très dynamique, à l’intérieur du pays comme à l’extérieur où elle est d’ailleurs très appréciée. Le problème que nous avons, c’est qu’on n’a pas une politique de la Société civile en Afrique. Parce que, à part quelque rares pays africains qui donnent un financement à leur Société civile mais en même temps qui les obligent à défendre les positions du pouvoir (des sociétés civiles alliées à l’Etat), il n’y a aucun moyen pour financer la Société civile. Les seules Sociétés civiles africaines qui sont financées par les entreprises sont les Sociétés civiles ou organisations dirigées par les Premières dames. Or, l’Occident qui reconnaît sa Société civile la soutient de façon indirecte.

Wal Fadjri : Comment ?

Alioune TINE : Par exemple les entreprises ou des personnalités qui soutiennent Amnesty international, Human rights Watch bénéficient d’une défiscalisation. Mais, nous, nous avons fait l’expérience en 2004 de nous adresser aux entreprises mais nous avons été profondément déçus. Au Sénégal, pour qu’une entreprise vous soutienne en tant qu’organisation de la Société civile, il faut avoir une lettre du Chef de l’Etat. Si vous n’avez pas une lettre ou un soutien du Chef de l’Etat, personne n’ose vous soutenir. Ce qui manque, aujourd’hui à la Société civile africaine, c’est la politique de la philanthropie. Ce que nous avons c’est un peu la politique de la charité et qui n’est même pas une charité désintéressée. Il faut qu’on développe au Sénégal et en Afrique une politique de la philanthropie et une politique sérieuse pour bâtir une Société civile africaine respectée et digne. Et, c’est possible.

Wal Fadjri : Quel regard portez-vous sur le scandale à l’Artp qui fait l’actualité ?

Alioune TINE : Le fait que, de plus en plus, on sévit par rapport à des scandales, à la corruption est une excellente chose. Mais il ne faut pas que cela soit de la mise en scène ou du saupoudrage. Il ne faut pas également qu’il y ait une politique de ‘deux poids, deux mesures’. Il faut que toutes les personnes qui sont impliquées dans la mal gouvernance, la corruption, les détournements de fonds public, que ce soit les proches ou des gens éloignés du Chef de l’Etat, rendent compte. C’est important, de ce point de vue, que la justice fonctionne de façon équitable.



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