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Vendredi 01 Juin, 2018 +33
Politique

Abdourahmane Ndiaye, secrétaire administratif de l’Apr : «La survie ou non de Benno bokk yaakaar dépend de la loyauté des uns et des autres»

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Abdourahmane Ndiaye, secrétaire administratif de l’Apr : «La survie ou non de Benno bokk yaakaar dépend de la loyauté des uns et des autres»

Dans cette première partie de l’entretien, le secrétaire administratif national de l’Alliance pour la République (Apr) dévoile les braises qui couvent au sein de la coalition. Abdourahmane Ndiaye relève aussi la «contradiction» de leurs alliés sur le Sénat, les investitures, les Assises nationales, mais aussi les «petits coups» de Bennoo siggil senegaal, principalement de l’Afp et du Ps aux Locales de 2009 contre l’Apr. Bref, le conseiller spécial du président de la République a une idée claire : La survie de Benno bokk yaakaar dépend de la «loyauté» des uns et des autres, qui composent principalement le collège électoral.
 
Pourquoi voulez-vous maintenir coûte que coûte le Sénat dont la pertinence et l’opportunité ne font pas l’unanimité ?
Je voudrais tout simplement préciser qu’aucune institution ne fait l’unanimité. L’unanimité n’est pas de ce monde. Même Dieu Lui-même ne fait pas l’unanimité. Si vous interrogez les Sénégalais sur une institution comme l’Assemblée nationale, vous verrez qu’il y a des gens qui ne sont pas forcément pour son maintien. Donc, le problème du Sénat se pose à deux niveaux : son opportunité mais aussi sa composition et son mode de fonctionnement. Son opportunité ne pose pas problème à mes yeux, ni aux yeux des membres de l’Apr et d’une large frange des politiques puisque dans une société organisée, ce sont les politiques qui dirigent, sauf dans les pays où les militaires ou les autocrates décident ; ce que nous ne souhaitons pas au Sénégal. Si vous interrogez, pas le nombre de partis politiques, parce qu’ils ne sont pas d’égale valeur et d’égale représentativité, les cinq à dix partis les plus représentatifs, vous vous rendrez compte qu’une majorité favorable au maintien du Sénat se dégage.
N’oublions jamais que c’est le Parti socialiste, par la volonté de Abdou Diouf, qui avait introduit le Sénat. Wade, par démagogie, opportunisme ou volonté de grappiller des voix, avait promis sa suppression. Il l’a remis en selle, pour des raisons qui, justement, ne militent pas en faveur du maintien du Sénat. Le Parti socialiste et l’Afp sont donc signataires de la Charte des Assises nationales qui recommande la suppression de cette institution. Il faut rappeler que Nias-se et Tanor étaient les deux porte-étendards des Assises nationales. Macky (Sall) a signé cette même charte, mais avait émis des réserves concernant la suppression du Sénat parce que nous (l’Apr) sommes convaincus que nous ne pouvons pas être plus intelligents et plus démocrates que la France, les Etats-Unis, l’Angleterre, l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, l’Afrique du Sud et encore 18 pays africains qui ont tous un parlement bicaméral.
 
Que le président de la Ré­publique nomme la majorité, cela ne pose-t-il pas problème ?
Le problème du Sénat, ce n’est pas son opportunité mais son mode de désignation et de fonctionnement(…)
Certains disent que c’est une institution budgétivore parce que ça coûte sept milliards. Je me dis que c’est gens-là sont éloignés des réalités d’un Etat ou alors franchement ce sont des épiciers dans le sens ironique du terme. Un Etat qui a des recettes annuelles comprises entre 3 300 et 3 600 milliards de francs Cfa, on me dit que sept milliards de Francs Cfa c’est la mer à boire, ça fait rire. Un docker du marché qui gagne 3 000 francs Cfa par jour, ne peut-il pas sortir 7 francs d’aumône ? Je ne dis pas 700 francs Cfa, mais 7. Qu’est-ce que c’est 7 francs par rapport à 3 000 francs ? Qu’est-ce que c’est 7 mil­liards par rapport à 3 600 milliards ?
 
Si les gens parlent d’institution budgétivore, c’est surtout par rapport à son rôle de con­trôle…
Très bien, c’est là où ça pèche. C’est le mode de désignation. Il est impensable qu’une institution qui doit peser de son poids de contrôle et de vérification soit nommée majoritairement par un citoyen, fut-il le président de la République. C’est in-dé-cent ! Deu-xième problème, c’est que notre Sénat n’est rien d’autre qu’un répétiteur de l’Assemblée nationale. Cela non plus ne plaide pas en faveur de son maintien. Mais un Sénat changé à l’image de la France qui nous a inspiré beaucoup de nos textes, en tant que chambre de la décentralisation. Dans Yoonu yokkuté, nous avions promis un renforcement de la décentralisation. A mon avis, ces découpages intempestifs du territoire national par l’ancien régime, pour des raisons politiciennes très souvent, devaient être la compétence du Sénat qui ferait une commission d’enquête et jugerait de l’opportunité ou non de découper ou de redécouper. Ce serait une décision du Peuple et là, vous verriez que le Sénat est utile. Si le Président devait être réduit à ne nommer qu’une dizaine ou une quinzaine de sénateurs, vous verriez vous-même que le Sénat serait réclamé ou soutenu.
 
Certains disent qu’un décret présidentiel qui inverserait le mode de désignation pourrait changer la donne et donner plus de légitimité au Sénat…
Un décret ne peut pas être supérieur à la Constitution. Un décret doit être constitutionnel d’ailleurs. Un décret anticonstitutionnel attaqué dans les Tribunaux est rapporté par la juridiction compétente. Les décrets de Macky ne peuvent pas sortir du champ d’exécution de cette même Constitution. D’ailleurs, c’est le texte de loi qui est au-dessus de tout le monde, y compris Macky Sall. Et puis, dans son serment, Macky Sall a juré de respecter et de faire respecter la loi. Si jamais il entrait dans ce jeu, ce serait dangereux pour lui à l’image de Wade (Abdoulaye Wade, ancien Président). Vous touchez à une cho­se, tout le monde applaudit. Vous touchez à autre chose, tout le monde va crier. C’est comme un enfant à qui on fait goutter une sucette. Le pouvoir est dangereux pour ça.
 
Qu’est-ce qui s’est passé dernièrement lors des investitures de Benno bokk yaakaar aux Sénatoriales ?
Ce qui s’est passé c’est une querelle de chapelle, de positionnement, ve­nue surtout, pas de l’appareil du Parti socialiste, mais de ses éléments. Si j’en ai souvenance, Ousmane Tanor Dieng et Moustapha Niasse étaient les porte-étendards de la Charte de gouvernance démocratique des Assi­ses nationales. Je m’attendais à ce qu’ils nous disent : «Nous sommes avec vous, nous vous avons aidés à être élus, mais le Sénat, nous y mettons une croix.» C’est bizarre donc que la discussion vienne de là-bas. Mais ce n’est pas grave. Cependant, de quels critères disposons-nous pour faire une répartition. Nous ne disposons que des résultats du premier tour durant lequel chacun avait gagné certains départements.
Moi, je vais finir par me convaincre que si le Parti socialiste possède un fort appareil, il lui reste à avoir un électorat. Ce qui n’est pas très évident. L’Afp a gagné deux ou trois fois plus de départements que le Parti socialiste. L’Afp est relativement beaucoup plus jeune que le Ps. Il s’est trouvé que lors du premier tour de la Présidentielle, Macky Sall avait gagné plus de départements que nos autres alliés. Et même plus que la somme de nos autres alliés. La clé de répartition, c’est un sénateur par département. Dakar compte combien d’habitants, combien de communes d’arrondissement ? Il faut en sortir un seul. Un et indivisible. Quel sera le critère ? Macky était venu  avant eux. Alors, ils se sont rendu compte qu’en prenant cette logique, la portion qu’il aurait dans le Sénat serait congrue. Mais cela peut être rattrapé dans la nomination, au lieu de créer un clash. Heureusement, il n’y a pas eu de clash. Je m’en réjouis. J’ai vu celui qui a fait une liste dissidente à Dakar donner des chiffres renversants, travestissant même les résultats du premier tour. Si c’est l’excuse qu’il veut se donner alors je la lui concède. Par contre, dans un département où Wade est sorti premier, le poste re­vient au deuxième. C’est absolument logique !
Alors, il y a eu des calculs parfois très abracadabrants. Parfois le Parti socialiste est venu nous dire, nous valions 11%. Nous devons avoir 11 sénateurs parce que c’est 100. Mais, l’opposition fait partie des concurrents. Si on leur dit d’accord alors que les résultats ne sont pas encore sortis. Et si nous perdons la majorité ? C’est ça le problème ! On leur a dit que le seul critère, c’est que ceux qui étaient devant prennent le sénateur. Il n’y en a pas deux.
 
Le problème ici, c’est que vous, l’Apr, avez la majorité dès le départ, puisque vous nommez les 55...
Ce n’est pas l’Apr, c’est le président de la République.
 
Oui, mais c’est lui le président de l’Apr
Le président de la République est aussi chef de Benno bokk yaakaar. Donc, la négociation politique pourrait aussi se faire à ce niveau. Pourquoi pas ? Au lieu de faire des clashs inutiles. Il faut aussi comprendre une chose : le corps électoral c’est près de 21 mille électeurs. Mais parmi ces 21 mille, l’Apr est epsilon. Vous savez pourquoi ? Parce que, quand on déposait les listes en janvier 2009, l’Apr n’avait pas encore de récépissé. Elle se débattait dans des problèmes de blanchiment d’argent et de passeports à récupérer. Ce n’est que le jeudi précédent le lundi, date de clôture des dépôts, que nous y sommes allés par dépit. Je vous donne un exemple. Aux Parcelles assainies, nous avons dit que nous voulons aller (aux Locales) avec Benno Siggil Senegaal. Mbaye Ndiaye a été pendant des années le député de cette zone. Vous savez ce qu’on nous a dit à Benno Siggil Senegaal ? «On vous donne un titulaire sur la liste majoritaire et deux sur la liste proportionnelle.» Ce n’est pas une insulte ça ? Alors, c’est là que nous avons forcé avec Ibrahima Sall du Modem, Mahmout Saleh et Badiane pour qu’ils nous prêtent leur récépissé. Entre le jeudi et le lundi on n’a pu placer entre 70 et 80 listes. Dans tout le Sénégal, nous en avons gagné une vingtaine. Mais nous avons donné une consigne très claire : «Partout où nous n’avons  pas déposé de liste à cause de la forclusion, nous votons pour l’opposition, jamais pour Wa­de.» Nous votons toujours Benno siggil senegaal, bannière sous laquelle Macky Sall est allé dans son Fatick natal.
Il était sûr de gagner et il l’a prouvé dans toutes les élections qui  ont suivi. Sur les 19 circonscriptions que compte Dakar, nous n’avions des listes que sur sept circonscriptions. On n’a vu -ça, je ne voulais pas le dire et ça m’a fait très mal- le jour des élections des gens se présentaient devant les bureaux de vote et dire aux citoyens si vous soutenez Macky Sall votez le bulletin Benno Siggil Senegaal dans des zones où il y a des listes Dekkal Ngor (nom des listes de l’Apr pendant les Locales). C’est le cas des Parcelles assainies et de Grand Yoff. Je n’ai pas honte de le dire parce que c’est prouvable.
Malgré tout, nous acceptons, parce que nous en faisons des partenaires. Et un partenaire avec qui nous avons toujours été loyaux. On n’a vu pendant la campagne et même l’après-campagne, des responsables de communication de certains partis nous  attaquer  frontalement et de manière très méchante et très gratuite. Nous aurions pu répondre. Nous savions notre force, nous n’avons jamais douté. Mais pourquoi insulter quelqu’un dont on aura besoin demain ?
 
Ce n’est pas stratégiquement intelligent.  
Alors, l’Apr a ses conseillers régionaux, municipaux et ruraux, mais qui ne sont pas à la dimension du parti, parce qu’à l’époque le parti était à ses premiers balbutiements. Nous l’avons  déclaré le 1er décembre 2008. Si vous vous basez sur ce critère avec l’ostracisme dont nous étions frappés, vous faussez tout. Pourquoi a-t-on réparti les investitures aux Légis­latives- qui n’étaient pas une élection présidentielle- sur la base des résultats du premier tour ? Pourquoi accepter avec les Législa­tives et refuser avec les autres élections arguant que ce ne sont pas les mêmes types d’élections. Pensez-vous, sincèrement, que l’Afp ou le Ps aurait le mê­me nombre de députés s’ils étaient allés en listes séparées. Je ne le pense pas. Mais c’est ça qu’on appelle «la générosité de groupe».
C’est à partir de ce moment que nous verrons s’ils sont loyaux ou pas. La survie ou non de l’osmose qu’il y a dans cette coalition des coalitions repose sur la loyauté des uns et des autres.


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