L'armée birmane a annoncé lundi via sa chaîne télévisée déclarer l'Etat d'urgence et prendre le pouvoir durant un an. L'annonce survient après l'arrestation de la cheffe de facto du gouvernement birman, Aung San Suu Kyi, et d'autres figures politiques de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), parti au pouvoir.
L'armée birmane a installé un ancien général comme président après avoir procédé à l'arrestation d'Aung San Suu Kyi quelques heures auparavant, a annoncé la chaine de télévision de l'armée Myawaddy. L'armée birmane s'est en outre emparée lundi matin de l'hôtel de ville de Rangoun, ancienne capitale du pays. Cinq camions militaires étaient déployés dans l'enceinte de la mairie et des soldats refoulaient les personnes à l'entrée, selon un journaliste de l'AFP. L'accès à internet et à l'ensemble des télécommunications restait très fortement perturbé.
Réaction des États-Unis
Les Etats-Unis avaient déjà exigé la libération par l'armée birmane de plusieurs dirigeants interpellés, dont Aung San Suu Kyi, et menacé de réagir en cas de refus. "Les Etats-Unis s'opposent à toute tentative de modification des résultats des récentes élections ou d'entrave à une transition démocratique en Birmanie et vont agir contre les responsables si ces mesures (les arrestations, ndlr) ne sont pas abandonnées", a dit dans un communiqué la porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki.
Réaction de l’Australie
L'Australie avait aussi appelé lundi l'armée birmane à ces libérations l'accusant de "chercher une fois de plus à prendre le contrôle" du pays. "Nous appelons l'armée à respecter l'État de droit, à résoudre les différends par des mécanismes légaux et à libérer immédiatement tous les dirigeants (politiques) issus de la société civile et les autres personnes détenues illégalement", a déclaré Marise Payne, la ministre australienne des Affaires étrangères.
Tensions depuis les élections
Les tensions se sont accumulées dans le pays asiatiques après des élections en novembre, remportées par le parti du prix Nobel de la paix mais dont les résultats sont contestés par l'armée birmane. Les militaires avaient récemment menacé de mener un coup d'État si le gouvernement ne lui permettait pas de procéder à des vérifications. Le parti d'Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991, très critiquée à l'international pour sa gestion de la crise des musulmans rohingyas mais toujours adulée par une majorité de la population, a remporté une victoire écrasante en novembre.
L’ONU “condamne fermement” l’arrestation d’Aung San Suu Kyi
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a condamné “fermement” l’arrestation par l’armée de la cheffe de facto du gouvernement birman, Aung San Suu Kyi, tandis que le Conseil de sécurité devrait se réunir dans les prochains jours.
“Coup dur aux réformes démocratiques”
Avec l’arrestation d’autres dirigeants politiques et “la déclaration du transfert de tous les pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires aux militaires”, “ces développements portent un coup dur aux réformes démocratiques en Birmanie”, a ajouté Antonio Guterres dans un communiqué. “Les élections générales du 8 novembre 2020 confèrent un mandat fort à la Ligue nationale pour la démocratie (LND), reflétant la volonté claire du peuple de Birmanie de continuer sur la voie durement acquise de la réforme démocratique”, a-t-il estimé.
“Respecter la volonté du peuple”
En conséquence, les dirigeants militaires sont appelés “à respecter la volonté du peuple de Birmanie et à adhérer aux normes démocratiques, tout différend devant être résolu par un dialogue pacifique”, a-t-il précisé dans son communiqué. “Tous les dirigeants doivent agir dans le plus grand intérêt de la réforme démocratique en Birmanie, s’engager dans un dialogue constructif, s’abstenir de toute violence et respecter pleinement les droits de l’homme et les libertés fondamentales”, a insisté le chef des Nations Unies.
Réunion du Conseil de sécurité
Selon des diplomates, le Conseil de sécurité de l’ONU avait prévu de longue date une réunion sur la Birmanie jeudi prochain avec l’émissaire onusienne Christine Schraner Burgener. Cette session pourrait prendre un caractère d’urgence et être avancée en début de semaine en raison des derniers développements, a indiqué à l’AFP un diplomate sous couvert d’anonymat.
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