Dimanche 26 Juin, 2022 á Dakar
Vendredi 01 Juin, 2018 +33
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Culture

Carnet de voyage d’Antoine Viallet : la biennale de Dakar

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Carnet de voyage d’Antoine Viallet : la biennale de Dakar
La Biennale de Dakar…Depuis 8 ans, je souhaite assister au plus important rendez-vous d’art africain contemporain de l’Afrique de l’Ouest. L’édition de 2020 a été annulée par la pandémie du Covid… celle de 2022 sera la bonne année. Et je ne suis pas seul à le penser car quelque 250 000 visiteurs dont 50 000 venant de l’étranger, 11 000 professionnels, plus de 3 000 créateurs, artistes de la matière, manufactures, galeries, maisons d’excellence, fondations et institutions, des centaines, se retrouvent du 19 mai au 22 juin.

Le 20 mai, départ de Marseille par Air Sénégal en compagnie de Jean Luc Daunizeau mon ami et associé dans la société les MIA’s (Les Marseillais de l’immobilier en Afrique NDLR). Il sillonne le Sénégal depuis 30 ans et il est fin connaisseur des artistes locaux. C’est parti pour 12 jours de découvertes, de rencontres, d’échanges riches en couleurs et en émotions.

Le thème retenu pour cette édition du Off est « ? NDAFFA » © Antoine Viallet


Dakar OFF © Antoine Viallet

Comme souvent dans les grands événements culturels se tiennent des rendez-vous officiels et des rendez-vous plus alternatifs. La sélection officielle met en lumière les œuvres de 59 artistes visuels et collectifs d’artistes. Ils proviennent d’Afrique et de sa diaspora. Le OFF c’est plus de 380 lieux d’exposition dans le Grand Dakar et depuis la dernière édition dans une quinzaine de villes de province et dans plusieurs villes européennes. Le thème retenu pour cette édition est « ? NDAFFA » ce qui signifie en langue sérère « invite à la forge ». Le terme signifie aussi bien la liberté de transformer que les multiples possibilités de créer. De la même manière, l’expression - Out of the Fire - a été choisie pour mieux suggérer l’alchimie de la forge et l’acte transitoire qui mène vers une nouvelle étape. Elle indique la production et non le produit. Avec ces deux partis-pris, la quatorzième édition de la biennale de Dakar invite à la transmutation des concepts et à la fondation de nouveaux sens.
Le quartier général, l’ancien Palais de Justice, un lieu iconoclaste


Le quartier général l’ancien au coeur de l’ancien Palais de Justice du Cap Manuel © Antoine Viallet

Inauguré en 1958, le Palais de Justice du Cap Manuel est fermé depuis 1992 et en attendant sa future requalification (l’architecte Jean Michel Willmote y travaille), il revit au moment de la Biennale. Ce site s’y prête très bien pour une exposition avec au rez-de-chaussée, la salle des pas perdus, perforée par 99 colonnes en marbre, elle encadre un magnifique puits de lumière au centre duquel, en guise de chêne de la justice, trône un imposant manguier. Les salles d’audience ont été dépouillées de leur mobilier, mais on peut encore y deviner la configuration des juridictions qui ont, pendant plus de trois décennies, siégé en ces murs.


Une oeuvre de l’artistemalien Abdoulaye Konaté qui est l’une des grandes figures des arts plastiques en Afrique © Antoine Viallet

Abdoulaye Konaté est l’artiste à l’honneur de cette Biennale, ce Malien est l’une des grandes figures des arts plastiques en Afrique. Abordant la tapisserie, la confection, la peinture et la sculpture, il fait du tissu son principal matériau de création et puise son inspiration tant dans les spiritualités africaines que dans l’actualité mondiale.

Les Femmes au pouvoir….

Les femmes ont investi les galeries d’art à Dakar, à Douala, Abidjan... Durant cette Biennale, j’ai croisé des femmes qui jouent un rôle important dans l’industrie culturelle qu’elles soient artistes, galeristes, commissaires d’exposition. Une nouvelle génération de galeristes sont présentes dans ce métier très particulier qui allie un vrai sens artistique à celui d’une cheffe d’entreprise.

Jennifer Houdrouge dans sa galerie Selebe-Yoon de 1 000 m² dans l’ancien magasin Printania au Plateau Dakar, organise chaque année plusieurs expositions. Elle présente actuellement le travail d’El Hadji Sy.

Océane Harati a transformé l’ancien appartement familial en un lieu inédit pour l’art et la création contemporaine OH Galerie. Plusieurs de ses artistes exposent hors murs dont l’artiste camerounais Hako Hankson que j’avais découvert dans sa galerie en 2019.

Cécile Fakhoury, dix ans seulement après l’ouverture de la galerie d’Abidjan, qui porte son nom, a ouvert fin 2021, au 29, de l’avenue Matignon (Paris), son troisième espace d’exposition. Entretemps, elle a lancé une galerie en 2018 sur 200 m² au Plateau.

Les fondations effectuent aussi un travail formidable pour promouvoir les artistes :
- Bénin - Fondation Zinzou à Ouidah, créée en 2005 par Marie Cécile Zinzou avec l’aide de sa famille (son père ancien Premier ministre et son grand père ancien Président). Cette fondation a ouvert en 2013 un musée d’art contemporain.

- Côte D’Ivoire - Fondation Donwahi en Côte d’Ivoire. Illa Ginette Donwahi a décidé de transformer les 1 500 m² de sa maison familiale en espace dédié à l’art contemporain. J’ai longuement échangé avec elle lors de ma visite de la galerie Selebe Yoon, nous partageons nos ressentis et nos coups de cœur respectifs.


Maréme Malong présente à la Biennale un travail collectif © Antoine Viallet


- Cameroun- Fondation MAM à Douala, sa fondatrice Maréme Malong est une précurseuse, elle ouvre sa galerie en 1995. Je la retrouve à la Biennale où elle vient présenter un travail collectif qui a été élaboré à Suza lieu de retraite de sa fondation. Elle le présente à la Fondation Shengor au Plateau dont j’ai appris la future démolition.

Les personnages rencontrés

N’Gole Fall


N’Gole Fall entourée de Yves Laplace et Antoine Viallet © AV

Ces dernières années, j’ai croisé à plusieurs reprises N’Gole Fall à Marseille. Elle a été le maître d’œuvre de la saison culturelle Africa 2020, qu’elle ouvre à d’autres disciplines que l’art plastique pour donner une autre image de l’Afrique. Cette sénégalaise, architecte de formation est l’un des commissaires d’exposition les plus recherchés en Afrique.

Yves Laplace


Yves Laplace et Antoine Viallet © AV

Ce passionné de l’Afrique, ingénieur des Eaux et Forêts, a eu plusieurs vies. Pendant plus de vingt ans, il a vécu au Congo-Brazzaville, où il a planté 50 000 hectares d’eucalyptus dans les savanes côtières de Pointe-Noire pour le compte de l’État congolais. Après quelques années passés à Abidjan, il se pose avec sa famille à Dakar et ouvre un lieu exceptionnel, l’hôtel Djoloff. Cet hôtel de charme est conçu avec une approche « éthique et écologique ». Les nouveaux bâtiments sont en briques de terre compressée. La cave se transforme les week-ends en club de jazz. Une performance et une exposition ont lieu durant la Biennale.

Jean-Paul Blachère

Jean-Paul Blachère est un personnage de roman, paraplégique à 30 ans il développe sa société Blachère Illumination pour en faire un leader mondial à partir de ville natale d’Apt. Amoureux de l’Afrique, il soutient et collectionne les artistes africains. Il a ouvert une résidence d’artiste à Ngaparou où chaque année il accueille une dizaine d’artistes venant de tout le continent et donc certains sont ensuite exposés à la Fondation Blachère à Apt, haut lieu de l’art contemporain africain en Europe.

Le Berger de N’gor

Le samedi 31 mai nous nous sommes déplacés en pirogue sur l’île de Ngor pour assister à un événement étonnant à l’image du Sénégal … Abdoulaye Diallo, connu sous le nom de Berger de l’île de Ngor, est un écrivain et artiste-peintre sénégalais. Il avait convié plusieurs centaines de personnes pour un happening transversal. La présence de Monsieur Abdoulaye Diop, ministre de la Culture, de Monseigneur Benjamin Ndiaye, archevêque de Dakar et de l’imam de Ngor est à l’image de la concorde qui règne dans ce pays. Belle leçon de vie dans une époque où le partage et l’échange deviennent de plus en plus rares.

Oumou Sy


Défilé de mode de la styliste Oumou Sy (Photo Antoine Viallet)

Elle est costumière, styliste de mode sénégalaise, également décoratrice et créatrice de bijoux - l’un des plus grands noms de la mode africaine contemporaine. Cette autodidacte, elle n’a pas appris à lire et à écrire, est aussi une entrepreneuse, pionnière dans les technologies de l’information au Sénégal. Nous avons assisté au Grand Théâtre National à son défilé de mode et échangé avec elle sur son travail, ses recherches sur l’histoire africaine. Elle a la volonté de reconstituer, avec plus de 3 000 pièces, tous les costumes des rois et reines d’Afrique.

Mes coups de cœur

Un artiste Ivoirien : Pascal Nampémanla


L’artiste Ivoirien Pascal Nampémanla © Antoine Viallet

J’ai découvert cet artiste ivoirien à la galerie Mémoires Africaines à Saly. Cet ancien directeur artistique en agence de publicité est un artiste multi média. Il investit un lieu brut de décoffrage sur plusieurs étages qui lui permet de présenter des installations, des vidéos, des photos et des tableaux. Mon ami Jean Luc a craqué pour l’une de ses œuvres.

Expo Picasso à l’effet kiss cool


L’exposition « Picasso Remix » ©Antoine Viallet

Picasso a droit à deux expositions lors de cette Biennale, l’une plus classique a lieu au Musée des civilisations noires (MCN) est intitulé Picasso à Dakar 1972-2022. Cette exposition retrace la 1ère exposition de 1972 et les influences africaines dans l’œuvre de l’artiste catalan.

La seconde est plus surprenante, en résonance à l’exposition du MCN, se tient à la galerie de l’Institut Français du Sénégal à Dakar, Le Manège, et propose de changer de paradigme à travers son exposition « Picasso Remix ». Cette fois-ci, ce sont les œuvres de seize artistes, issus de la diaspora, résidant ou ayant un lien fort avec le continent africain, qui s’emparent des œuvres de Picasso pour les revisiter et inverser les regards : les œuvres sont vues depuis le continent.

Une démarche dans un lieu


La Maison de la Culture Douda Seck © Antoine Viallet

J’ai fait coup double » lors de cette biennale, en découvrant un lieu et une démarche collective. La Maison de la Culture Douda Seck se trouve dans le quartier populaire de la Médina. Ce havre de paix dans une ville effervescente, un parc de 15 000 m² propice à la méditation et à la création.

En 2019, le portraitiste d’Obama, Kehinde Wiley, américain d’origine nigériane, a inauguré Black Rock Sénégal, sa résidence d’artiste à Dakar. C’est un espace d’expérience, d’expérimentation, de création et de production artistique, pas uniquement dans le domaine des arts visuels, mais également ouvert à d’autres langages. A l’occasion de la Biennale, il a investi les lieux de la Maison de Douda Seck avec les œuvres des 32 artistes qui ont participé au programme d’artistes en résidence entre 2019 et 2021.

Un coup de pouce

Eric Mededa rencontré à Cotenou

Quel plaisir de retrouver Eric Mededa. J’avais découvert ce jeune artiste béninois lors de mon séjour à Cotonou en hiver dernier. J’avais demandé à Mazoclef Diff, activiste culturel béninois, de me présenter des acteurs de la jeune scène artistique béninoise. Je me suis déplacé dans l’atelier d’Eric, il m’avait parlé de son travail et de ses recherches à partir de clichés photographiques. Il exposait à la Biennale au sein d’un collectif béninois sous le thème « Essence et Résilience »


4 Commentaires

  1. Auteur

    il y a 4 jours (20:28 PM)
    Cet événement est vraiment réservé à une petite minorité qui n'a pas faim et qui est très loin des réalités du pays.
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  2. Auteur

    il y a 4 jours (20:45 PM)
    Rien qu'avec le le thème choisi, ils risquent de ne pas avoir bénéficié d'une subvention.
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    Auteur

    Torodos

    il y a 4 jours (22:05 PM)
    C est un  vrai commentaire d'ignorant soyer plus pointu le Sénégal a toujours été présent dans le monde de l art de grand Mr nous on quitté dans se combat tu les connais pas, les connaîtra peut être jamais et tu penses que se choix expression et hors réalité... Alors jette ton portable, tes clefs voiture et autres hors de nos réalité..... Soit tu proposes soit tu te tais vos déclaration populiste ne serve a rien. 
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    Auteur

    Melbourne Honoré

    il y a 2 jours (16:31 PM)
    Commentaires un peu trop sévères à mon avis. Antoine Viallet, vous avez eu le mérite de parler de la Biennale. Que la manière dont vous en avez parlé plaise ou déplaise, c'est inévitable lorsque l'on se hasarde à parler de l'Art qui est le sujet le plus subjectif qui soit. Ne vous découragez pas.
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